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A l’approche du Cap Horn ...

Portrait de Fanch GUILLON

Fanch GUILLON
Il y a 8 mois · 350 vues

La pression monte doucement à bord tandis que celle du baromètre joue au yoyo, sur les cadrans. Aujourd'hui, à l'heure où j'écris ces lignes, 1700 nautiques (3150 km) nous séparent du fameux Cap Horn. Il nous faudra une quinzaine de jours pour l'atteindre.
Tous les matins, l'analyse des données météo m'aide à trouver la bonne option. Bien sûr il serait tentant de faire route directe, Cap au 120 , je préfère éviter de nous mettre en difficulté avec le train de dépressions qui nous arrive dessus. Tout l'art est de trouver la bonne façon de passer en douceur.

Je repense souvent à cette journée du 25 juillet 2013, il y a 5 ans et demi, je franchissais le Cap Horn pour la première fois. La météo était déchaînée, des rafales entre 50 et 70 noeuds, une tempête. Chanik s'était couchée deux fois, et se relevait aussitôt, elle me demandait de lui venir en aide. Raymond commençait à s'essouffler, je me suis équipé et je suis sorti prendre la barre. J'étais serein, le temps était exceptionnel, une succession d'averses de grêle et d'éclaircies renvoyait des éclats d'argent provenant des crêtes des vagues. Le vent et la mer nous poussaient très fort et d'un même élan comme pour nous dire « c'est bon, vous pouvez passer maintenant ! ». Nous étions trop loin pour l'apercevoir (une trentaine de nautiques) et j'étais tellement concentré, ce n'était pas important au fond ! J'étais plutôt préoccupé par le temps que je devrais passer à la barre. Et au bout de quelques heures, une accalmie, 40 noeuds, j'ai repassé la main à Raymond qui avait eu le temps de faire sa pause. Ça y était, nous avions quitté le Pacifique et nous revenions en Atlantique. Je me souviendrai toute ma vie de cette incroyable journée ...
Cette fois, ce sera certainement encore différent. Peut-être aurai-je la chance d'apercevoir le rocher ... j'espère !

En attendant, tout va bien à bord. Après une belle semaine de beau temps, soleil et températures plutôt clémentes, nous négocions aujourd'hui une nouvelle dépression. 30 noeuds au grand largue et 40 dans les rafales. Une deuxième arrive derrière aussitôt. Il faut dire que nous approchons quand même des 50 èmes hurlants ! La grand voile est affalée et le génois est complètement enroulé. (Je ne peux d'ailleurs plus m'en servir depuis 3 semaines, je dois l'affaler pour recoudre une déchirure et je n'ai pas encore trouvé le bon créneau de calme, depuis j'alterne donc entre foc et trinquette sur étai larguable. ). Nous sommes sous trinquette seule et avançons tranquillement entre 6 et 8 noeuds, au milieu d'une mer bien formée ... sous le regard bienveillant des albatros toujours aussi majestueux !